SUD CT42

SUD CT42

Sud CT42 (Coll. Terr. 42) : Qui sommes nous ?

  Historique de la naissance de SUD - Solidaires, Unitaires, Démocratiques

 

 

   C’est dans le contexte de la fin du consensus règnant autour de l’état providence, de l’édification du marché unique, de la modernisation des entreprises du secteur public et de la dérèglementation du modèle social et professionnel existant dans ce secteur de puis 1945 (en particulier à La Poste et à France Télécom) qu’est né SUD-PTT.

Depuis l’arrivée de Mitterand au pouvoir en 1981, le mouvement social semble "en vacances". Les plans d’austérité succèdent aux plans d’austérité sans susciter d’oppositions très fortes.

La CFDT, avec à sa tête Edmond Maire, entre dans la logique du recentrage à la fin des années 70. Elle apporte dès 1982, son soutien à la politique de rigueur. Edmond Maire, en 1984, qualifie la grève "d’arme mythologique". Une partie des militants, portés par le socialisme autogestionnaire, entrés à la CFDT au lendemain de 68 dans une période marquées par des conflits durs, ne se retrouvent plus dans ces orientations ; ils vont se ranger dans l’opposition à ce syndicalisme de gestion de crise qualifié de "syndicalisme d’accompagnement".

L’automne 1988 fait figure d’automne "chaud". La presse parle de réveil social. La pratique des coordinations popularisées par le mouvement des cheminots et des étudiants en 1985-1986, trouve un écho chez les salariés qui, dans les secteurs en lutte, tiennent des assemblées générales où syndiqués et non-syndiqués prennent la parole et votent à main levée l’orientation du mouvement.

Sud a son lieu de naissance : les PTT

Les PTT, ce n’est pas n’importe quoi. Collectivité de 450 000 salariés, administration implantée sur tout le territoire et caractérisée, par delà la grande diversité de ses secteurs, par un très fort sentiment d’appartenance à une maison commune.

Dans les années 80, l’heure est à la "modernisation". La communication, l’information sont de plus en plus considérées comme des marchandises à haute valeur rajoutée. Partout dans le monde, au Japon, en Grande-Bretagne, aux Pays-Bas, on brise les monopoles, on vend aux entreprises privées des activités relevant de l’intérêt général. Les institutions européennes pressent la France d’ouvrir ces secteurs à la concurrence. Mais les salariés français manifestent leur attachement au service public (déjà lors de grèves importantes en 1974, les agents des PTT scandent "ITT et Thomson n’auront pas le téléphone" ; toutes les tentatives de réforme ont échouées.

En 1988, le parti socialiste, en campagne électorale, se veut rassurant mais, lorsque victorieux, il forme le gouvernement Rocard, il s’engage avec Paul Quilès, son ministre des Postes et Télécommunications, sur la voie d’une réforme. La CFDT, elle, vise à devenir l’interlocuteur privilégié du patronnat et des pouvoirs publics. Déjà en 1985, engagée dans « un syndicalisme de gestion de crise », elle avait frappé d’exclusion la section d’Air Inter, qui donnera naissance au SNPIT (syndicat national du personnel inter-transport), lequel deviendra en 1996 SUD-Aérien, après la fusion d’Air France et d’Air Inter.

Octobre 1988. A Lille, le centre de tri de Lezennes est paralysé. La grève démarre sur une question d’effectifs, dure quatre semaines et porte haut et fort les revendications pour l’augmentation du pouvoir d’achat et contre la flexibilité des horaires. Le taux de participation est exceptionnel : 40 à 50% au début du conflit, 90% à la fin. A Nancy, Marseille, Rouen, Bordeaux, Bobigny, les centres de tri et les bureaux de poste rejoignent le mouvement. Au même moment, à Paris et en banlieue, ce sont les camions jaunes de La Poste (secteur peu syndicalisé) qui mènent une lutte de plusieurs semaines. Ils mettent en place une coordination et des assemblées générales quotidiennes.

Dans les deux cas, la direction nationale de la CFDT-PTT va briser la lutte et dénoncer à l’administration ses propres militants !. A Lille, les militants CFDT engagés dans la lutte apprennent, par voie de presse, que la CFDT n’est plus dans le conflit...et que, « s’agissant des francs-tireurs de Lezennes, les responsabilités seront déterminées et des mesures prises ».

Le 3 novembre, sept responsables de section sont démis de leur fonction et se retrouvent sans protection face à l’administration. Le 7 novembre, par la presse et leur administration, les cinq responsables des sections CFDT des garages postaux parisiens apprennent à leur tour qu’ils sont relevés de leur mandat syndical.

Les coups tombent...

Trois jours plus tard, Jean-Claude Desrayaud, secrétaire général de la fédération CFDT-PTT, invite le ministre Paul Quilès à prendre toutes ses responsabilités et à faire respecter les libertés fondamentales, dont celle du travail ; appel à peine voilé à faire intervenir la force contre les piquets de grève et les occupations. Le 13 novembre, sous escorte policière, l’armée déplace les camions jaunes bloquant centres de tri et bureaux de poste.

Dans la Santé, les luttes sont importantes cet automne-là... Les personnels hospitaliers, en particulier les infirmières, mènent un mouvement de plusieurs semaines avec leur coordination. Là aussi, les militants et militantes de la CFDT-Ile-de-France sont au premier rang de ce mouvement et soutiennent les coordinations. Les fédérations nationalesCFDT des PTT et de la Santé, tout comme la confédération, sont décidées à faire le ménage, quitte à passer par-dessus les adhérents. Lors du congrès confédéral de Strasbourg, fin novembre, Edmond Maire, secrétaire général sortant, dit clairement qu’il faut se débarrasser « des moutons noirs qui n’ont plus leur place dans la CFDT ». Il vise les militants et militantes des PTT et de la Santé.

Quelques jours plus tard, les responsables CFDT des PTT et de la Santé taillent dans le vif : ils sanctionnent et retirent leurs mandats aux responsables de la région parisienne en leur reprochant le soutien à ces luttes et aux coordinations...

...le temps de la réaction

Les militants sanctionnés sont déchirés, mais aussi révoltés. Ils s’estiment dans leur bon droit car la majorité des adhérents sont d’accord avec eux. Les discussions sont animées qui portent sur des réponses qu’il convient d’apporter à un tel coup de force. Mais il faut faire vite, pour ne pas laisser détruire un outil syndical et se perdre toute cette énergie militante. La décision est prise de poursuivre l’engagement syndical par la construction d’un nouveau syndicat.

Dans le secteur de la Santé, cet outil s’appelle CRC-Santé-Sociaux ; le signe CRC (Coordonner, Rassembler, Construire) était déjà utilisé par la CFDT ; il est repris pour souligner la continuïté de l’outil syndical. Aux PTT, c’est le sigle SUD (Solidaires, Unitaires, Démocratiques) qui est adopté.